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Jazz Hot # 625 - November 2005 - Interview by Andrea Marcelli

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William Chabbey est né en 1967 dans une famille d'artistes. Depuis son plus jeune âge, une seule passion le motive : la musique. Guitariste à la sonorité lumineuse et au toucher naturel, capable de créer et faire évoluer une idée, chorus après chorus, dans un crescendo de tension expressive, William Chabbey a une conscience et une connaissance assurée de son héritage : le jazz des années 50-60, le blues, la musique brésilienne. Nous le rencontrons pour la sortie de son dernier disque Après la nuit.

William Chabbey  : Je trouve que le jazz devient de plus en plus populaire, dans les clubs je vois beaucoup plus de jeunes qu'avant … je suis persuadé que la nouvelle génération a envie d'entendre de la bonne musique ! Mon fils, par exemple, il écoute ce qu'écoutaient mes parents, il est fan de Jimi Hendrix, il a totalement zappé toute la musique commerciale qui pollue l'univers sonore de la jeunesse…

Jazz Hot : Vous êtes un optimiste !

Oui… et je reste malgré tout un idéaliste. Il y a de très bons musiciens en France qui ont une vraie culture du jazz… mais il faudrait trouver une solution pour que tous – et pas toujours les mêmes – puissent s'exprimer. Pour cela il nous faut plus de soutien … Les festivals, par exemple, devraient faire preuve de plus de fantaisie ! Le marché du disque est en train de changer, les rayons jazz s'amenuisent chaque jour un peu plus mais sur internet prend de l'ampleur, et le public, je le répète, existe. Il a envie d'écouter une musique où il y a de l'échange et du partage, c'est fini les temps de la musique intello' ou froidement virtuose !

La technique au détriment de l'expression …

La musique, c'est l'expression du cœur. C'est pour ça que, quand elle devient l'expression d'une technique ou quand elle devient trop démonstrative, sa magie n'opère plus…

Il y a aussi l'obsession du nouveau…

En jazz, de toute façon, c'est toujours nouveau. Quand on m'apparente à Wes Montgomery, je jubile. Sans la leçon des anciens, sans la mémoire, on tombe dans le néant. Plus on avance en jazz et plus on ouvre ses propres portes mais il ne faut pas prétendre qu'on les a ouvertes tout seul. Il y a des centaines de musiciens derrière nous. Le bebop , par exemple, c'est le langage qu'on utilise tous mais à l'intérieur duquel la liberté est infinie car l'expression n'a pas de limite, et le blues c'est pareil ! De toute manière, en jazz comme dans la vie, il n'y a pas de secrets, plus on étudie, plus on écoute, plus on développe son langage et plus on est libre…

Vous parliez de partage…

C'est fondamental ! Avec le public, avec les autres musiciens. Quand j'écris un morceau, ma source d'inspiration est toujours l'être humain, et si je l'amène aux musiciens pour le jouer et que ça marche, c'est fantastique ! Vous savez, lorsqu'on commence à jouer avec des gens, il y a tellement de choses à gérer : le relationnel, la musique, le son, l'expression, le cœur… David Sauzay (ts) et Mourad Benhammou (dm), nous avons établi une entente magique. Tout a commencé par un concert et dès le premier instant le courant est passé de manière prodigieuse. C'est ça le jazz !

Vous venez d'une famille d'artistes…

Ma mère était peintre et mon père était guitariste. C'est lui qui m'a inoculé le virus en me faisant écouter Django et d'autres guitaristes de jazz, je ne me souviens même plus à quel âge. Je crois que j'étais tout petit. Très tôt aussi, j'ai décidé d'arrêter l'école, Je suis allé prendre des cours au CIM, en suivant toujours les conseils de mon père. Pierre Cullaz , mon professeur, m'a ouvert des mondes que je soupçonnais à peine. Avec lui, j'ai découvert le jazz à travers l'apprentissage de la guitare. Ma vraie formation, c'est lui.

A quel moment avez-vous réalisé que vous alliez vivre de votre musique ?

Depuis tout petit j'ai été en proie à une idée fixe : la musique. Adolescent, j'avais sans cesse envie de jouer. Je n'ai jamais eu de doutes. J'ai toujours voulu faire ça et je me suis battu pour devenir musicien. J'ai eu des enfants très jeune et mon objectif était de ramener de l'argent à la maison en jouant. Après tout, la musique c'est un projet sérieux. Mes parents en ont été conscients et ils m'ont toujours soutenu.

Est-ce que l'artiste indépendant a encore une place dans la société ?

C'est terrible de supprimer la place de l'artiste, il a son utilité dans notre société ; son but premier n'est pas de produire des millions de dollars. Je pense à la réforme des intermittents du spectacle, par exemple : je n'ai pas d'idées arrêtées sur le sujet, mais elle risque de tuer dans l'œuf des musiciens qui aurait dû naître…

N'y a-t-il pas le risque, à l'inverse, de créer des artistes assistés ?

Dans tout système il y a des profiteurs, je pense notamment à certains groupes d'intérêts, le paradoxe veut que la nouvelle loi avantage les profiteurs et défavorise les artistes. Sans compter que nos gouvernants rendent la vie de plus en plus difficile à ceux qui nous embauchent – augmentation des charges, réglementations sur le bruit, etc. -, cela a pour conséquence qu'on se retrouve souvent à travailler au noir et sans être déclaré, on arrive difficilement (ou pas du tout) à faire les heures prévues par la loi pour l'obtention de nouveaux droits. C'est un cercle vicieux qui risque de tuer toute une profession qui ne demande qu'à être reconnue…

En dehors du contexte administratif, quelle est la déontologie d'un musicien de jazz ?

La règle de cette musique c'est de ne jamais s'arrêter. Il faut s'améliorer, évoluer sans cesse, être toujours plus près de l'expression de ses sentiments. Je ne parle même pas de composition ! A chaque fois qu'on joue, qu'on improvise, qu'on partage des choses, il faut faire mieux. C'est sans fin et c'est le propre du jazz.

Pourquoi avez-vous appelé votre dernier album Après la nuit ?

Quand je rentre après un concert et qu'il s'est bien passé, je suis envahi par un sentiment ambigu, la mélancolie… parce que c'est fini et que le bonheur d'avoir bien joué, d'avoir passé une bonne soirée avec des musiciens qui sont aussi des amis… c'est un peu comme un sentiment amoureux.

Andréa Marcelli

 

William Chabbey was born in 1967 into a family of artists. Since childhood, he had only one passion : music. A guitarist with a luminous sound and a natural touch, he is able to create an idea and make it evolve ; chorus after chorus, in a crescendo of expressive tension, William Chabbey has got a solid awareness and knowledge of his inheritance : jazz of the 50-60's, blues, Brazilian music. We met him for the launch of his last record : Après la nuit.

William Chabbey : I think jazz is becoming more and more popular : in the clubs I see many more young people than before … I'm convinced that the new generation feels like hearing good music ! My son, for example, listens to what my parents were listening to ; he is a fan of Jimmy Hendrix. He totally ignores all commercial music which greatly pollutes the youth sound universe.

Jazz Hot : You're an optimist !

William Chabbey : Yes … and despite everything, I remain an idealist. There are some very good musicians in France , who all have a real jazz culture … but a solution should be found in order to have all – not always the same ones – express themselves. In this purpose, we must have more assistance … Festivals, for example, should show more enthusiasm. The record market is changing : jazz departments are getting smaller every day, but are getting greater coverage on the net and the audience exists, I repeat. She feels like listening to music where there is exchange and communion ; the era of intellectual or coldly virtuoso music is over !

Jazz Hot : Technique to the detriment of expression …

William Chabbey : Music is the expression of the heart. It is for this reason that, when it becomes the expression of a technique or when it becomes too demonstrative, the magic doesn't work anymore …..

Jazz Hot : There's also obsession for novelty …

William Chabbey : With jazz, it is always new. When I'm compared to Wes Montgomery, I am jubilant. Without the wisdom of our olders, without memory, there is nothing. The further we go into jazz, the more doors we open but we can not pretend we opened them alone. There are hundreds of musicians backing us. Bebop, for example, is the language we all use, however confined, liberty is infinite because expression has got no limits, and with “blues”, it's the same ! In all cases, in jazz as in life, there are no secrets : the more you study, the more you listen and the more you develop your own language and the freer you become …

Jazz Hot : You mentioned sharing ….

William Chabbey : It's fundamental ! With the public, with other musicians. When I'm writing a music, my source of inspiration is always the human being ; if I bring it to the musicians and it works, it's fantastic ! You know, when we start playing with people, there are so many things to deal with : relationships, music, sound, expression, heart … With David Sauzay and Mourad Benhammou we established a magical harmony. Everything started with a concert and that very first time, we clicked right away. This is jazz !!

Jazz Hot : You come from a family of artists

William Chabbey : My mother was a painter and my father was a guitarist. He inoculated me with the virus, made me listen to Django and other jazz guitarists. I don't even remember how old I was ! I think very young. Also very early on, I decided to stop school. I went to study at the CIM, following my father's advice. Pierre Culaz, my teacher, opened worlds for me that I didn't even imagine. With him, I discovered jazz through guitar training. My real training was him.

Jazz Hot : When did you realize you'd make a living of your music ?

William Chabbey : Since I was very young, I had an obsession : music. As a teenager, I always felt like playing. I never had any doubts. I always wanted to do that and I fought to become a musician. I had my children very young and my aim was to bring money home by playing music. After all, music is a serious project. My parents were aware of this and always helped me.

Jazz Hot : Does an independent artist have his place in society ?

William Chabbey : It's terrible to cancel out the place of the artist, he is very useful to society ; his first aim is not to produce millions of Dollars. For example, I'm thinking of show business intermittent workers : I don't have any determined idea on the subject, but the risk is to kill at the outset musicians with a lot of talents and potential ….

Jazz Hot : Is there any risk to create assisted artists ?

William Chabbey : In each system, there are some profiteers ; I'm thinking of some interest groups, where the paradox is that the new law gives advantage to the profiteers and disadvantages the artists. Those in power make life more and more difficult for the employers (increased expenses, noise regulations, etc.). As a consequence, we have to moonlight and not be declared ; we hardly succeed (or not at all) to have the numbers of hours required by law to obtain new rights. It's a vicious circle, which can kill a whole profession begging for recognition …

Jazz Hot : Outside the administrative context, what is the jazz musician's ethics ?

William Chabbey : The rule for this music is to never stop. One must continuously improve, evolve, and always be closer to the expression of his feelings. I don't even speak about writing ! Each time we play, we must improvise, we share things, and we must do better. There's no end and this is what jazz is about.

Jazz Hot : Why did you call your last album “Après la nuit” ?

William Chabbey : When I come back from a concert that was good, I feel a particular ambiguous feeling, a melancholy … because it's over and because we played well, and spent a lovely evening with our musicians, who are also close friends … it's like feeling of love ….

Andréa Marcelli

Translated by Sylvie Mulder